La politique française de désislamisation en Algérie
Par Youssef Girard
(…) Cette politique d’éradication de l’Islam fut particulièrement prégnante en Algérie après l’invasion française de 1830. Charles X partit à la conquête de l’Algérie avec le soutien du Pape et de l’Eglise catholique ce qui transformait l’action de l’armée française en une lutte de la chrétienté contre l’Islam dans la filiation directe des croisades. Débarqué à Alger, le général de Bourmont, s’adressant aux aumôniers militaires au cours d’une cérémonie religieuse, déclarait : « Vous venez de rouvrir avec nous la porte du christianisme en Afrique. Espérons qu’il y viendra bientôt faire refleurir la civilisation chrétienne qui s’est éteinte » [1].
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Deux mois après la prise d’Alger et malgré la convention signée par le général de Bourmont, le général Clauzel inaugura une politique de lutte contre la religion musulmane en la privant de ses moyens d’existence par la confiscation des biens habous. Environ deux millions d’hectares de terre furent confisqués et plusieurs dizaines de mosquées furent fermées. Un grand nombre de cimetières furent labourés afin de les transformer en terres arables pour les colons. Les religieux, qui refusaient de faciliter ces confiscations, furent voués à l’internement et à l’exil, comme le mufti malékite Belkebabti qui fut déporté puis emprisonné en Corse avant d’être expulsé à Alexandrie en 1848 [2].
Dans sa politique de terre brûlée, la France détruisit nombre d’édifices du patrimoine architectural de l’Islam algérien. Un plan visant à la destruction d’une grande partie de la ville d’Alger fut conçu dès octobre 1830. Cette politique visait à l’européanisation de la capitale algérienne en facilitant sa colonisation par les occidentaux fraichement débarqués. La mosquée as-Sayyida fut détruite en 1832 par les services du génie lors de la création de la place du gouvernement. La même année, la mosquée Ketchaoua, bâtie en 1794 par le Dey Baba Hassan, fut transformée en lieu de culte catholique. Par la suite, les principaux édifices islamiques d’Alger furent détruits : le mausolée de Sidi Abdelkader al-Djilani, la mosquée Mezzo-Morto, construite vers 1685 par al-Hadj Hussein, un Italien converti à l’islam, la mosquée Khédar-Pacha, la zaouïa Ketchaoua, édifiée en 1786 par al-Hadj Mohamed Khodja Makatadji, la mosquée ach-Chemaïn, la mosquée d’Aïn al-Hamra, la mosquée Ben Négro, la mosquée d’al-Mocella, la zaouïa de Sidi Amar at-Tennessi, construite au XVème siècle.
Le résultat de cette politique d’éradication de l’Islam de la ville d’Alger était clairement remarquable dans le paysage : en 1830 Alger renfermait 13 grandes mosquées, 109 petites mosquées, 32 « chapelles » et 12 zaouïas. En 1862, il ne restait plus que 4 grandes mosquées, 8 petites et 9 « chapelles » [3].
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Dans les autres villes d’Algérie, la même politique d’éradication de l’Islam fut menée par la destruction d’édifices religieux. Avant la conquête, Annaba comptait 30 mosquées et 2 zaouïas, toutes pourvues d’écoles. Suite à l’occupation de la ville, 22 mosquées disparurent dans les démolitions. Pour celles restées encore debout, seules 2 avaient conservé une école. La mosquée Abou Merouane, centre de rayonnement culturel et scientifique construit au XIème siècle, fut confisquée et interdite aux fidèles musulmans. Les calligraphies ornant la mosquée et la médersa furent détruites. Après avoir usurpé l’édifice, les autorités françaises le transformèrent en hôpital militaire. Dans la même ville, le mausolée de Sidi Brahim at-Toumi et ses mosquées, construites au XVIIème siècle, furent confisqués et interdits d’accès à la population musulmane. Les lieux devinrent une sorte de cantonnement permanent pour l’armée d’occupation. A Bejaïa, la mosquée de la Casbah fut transformée en hôpital.
Décrivant l’impact de cette politique sur les Algériens, en 1847, le général de Lamoricière expliquait : « une fois installés à Alger, nous avons pris les collèges pour les changer en magasins, casernes ou écuries. Nous avons fait main basse sur les biens des mosquées et des collèges. On prétendait appliquer au peuple arabe les principes de la Révolution française. Malheureusement, les musulmans n’ont vu là qu’une attaque brutale à leur religion et un manque de foi » [4].
Les écoles musulmanes, qui enseignaient le Coran et la langue arabe, disparurent progressivement sous la pression de l’administration française. La confiscation des biens habous soustrayait les sources de revenu qui permettait leur fonctionnement. La dispersion des enseignants du fait de la conquête privaient les médersas du personnel compétant nécessaire à leur activité. Dans un rapport officiel, l’administrateur civil d’Alger Genty de Bussy déclarait « savoir que plus de 80 écoles existaient à Alger avant la conquête, qu’elles ont été réduites de moitié par l’émigration des instituteurs, des grandes familles et par l’occupation de plusieurs classes, entendons de plusieurs mosquées » [5].
Les divers changements de régimes que la France connut au XIXème siècle, ne changèrent pas fondamentalement la politique que ses régimes et ses gouvernements mirent en place vis-à-vis de la l’Islam en Algérie. Suivant les mots de Gambetta affirmant que « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation », la République continua à soutenir l’Eglise dans sa politique d’évangélisation menée, notamment, par le fondateur de la société des Pères Blancs, le cardinal Lavigerie. En 1892, à la mort du cardinal Lavigerie, la République française lui organisa des funérailles nationales en récompense des services rendus à la chrétienté.
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Comment les Musulmans ont tué Dracula (1/3)
Né dans la principauté Ottomane de Valachie (Roumanie), en 1435, il est connu de ses compatriotes sous le nom de Radu al III-lea cel Frumos, Yakışıklı, Radu Bey chez les Turcs, Radu al-Wasim chez les Arabes et Radu the Handsome (Radu le Généreux) chez les anglais. Cet allié et ami d’enfance du Sultan Mehmet II fut un élément de la conquête de Constantinople par les Musulmans. La participation de Radu à cette conquête permit à Mehmet II de rester à jamais dans l’histoire comme étant le “Faatih”, le “Conquérent”. Radu était l’arme secrète des Ottomans contre les Safavides à l’Est et contre les Serbes, les Romains et les Hongrois à l’Ouest. Les Musulmans doivent beaucoup à cet héros de l’Islam mais ne l’évoquent peu, sans doute par peur de faire de l’ombre au Faatih Sultan Mehmet.
Les Byzantins, par haine liée à sa conversion à l’Islam ainsi que pour son rôle dans la chute de l’Empire Byzantin, décrivent Radu comme ayant été un vil despote.
Pourtant, ce général Ottoman mena une grande guerre, une guerre contre l’obscurité. Il traqua ancêtre même de la légende du vampire qui empalait ses ennemis et buvait leur sang- Vlad al III-lea Ţepeş- aussi connu sous le nom de Vlad Drăculea, l’infâme Dracula.
Le personnage du Professeur Abraham Van Helsing [1] n’était rien d’autre qu’une créature de l’imagination terrifiante de Bram Stoker mais le Sultan Mehmet II et Radu cel Frumos furent sans doute les premiers et seuls véritables chasseurs de vampires de l’histoire.

Représentation de Vlad al III-lea Ţepeş (Dracula)
◊Les Frères de Sang
Le dévouement de Radu à l’Islam et au Sultan Mehmet II est sans doute née de l’alliance politique de leurs pères respectifs, avant eux. Vlad II, de la Maison des Drăculeşti (“Maison du Dragon”) était un allié et un vassal du père du Sultan Mehmet, le Sultan Murad II.
Vlad II eut quatre fils : Mircea II, Vlad IV Călugărul (“Le Moine”), Vlad III qui sera plus tard connu sous le nom de Dracula et Radu III cel Frumos (“Le Généreux”). En signe d’unité avec le Sultan, Vlad II offrit ses fils Dracula et Radu et les mit au service du Sultan Ottoman. Avec les Janissaires, ils étudièrent le Qur’an, l’Arabe, le Turc, le Perse, la Théologie Islamique et la Jurisprudence et ce qui était le plus convoité, la stratégie militaire et les tactiques de guerre des Turcs.
Les forces spéciales Ottomanes qui jouissaient d’un statut – militaire comme social – élevé étaient les Janissaires et les Sipahis. Les Janissaires constituaient l’infanterie d’élite des forces Ottomanes et formaient la garde personnelle du Sultan et de sa famille. Les Siahis, quant à eux, composaient la cavalerie d’élite qui entourait le Sultan durant les batailles et qui étaient envoyés pour affronter les ennemis les plus tenaces. Ils étaient les commandos et les forces spéciales de leur époque. Alors que les Sipahis étaient presque exclusivement d’origine Turque, selon le désir du Sultan Mehmet II en personne, comme indiqué dans son traité de loi intitulé “Kanun Nameh-e-Sipahi” (“Le Livre de Loi des Sipahis”), les Janissaires, qui comptaient dans leurs rangs Dracula et Radu, étaient au contraire composés de convertis à l’Islam.
Le jeune Dracula insultait constamment ses hôtes et se rebellait contre eux, ce qui le conduit à la prison. A cause de la réponse autoritaire des Turcs à son insolence, il nourrit de la rancune envers eux. Ils détestait son père pour s’être allié aux Turcs, chose qu’il voyait comme une trahison de l’Ordre du Dragon auquel son père avait prêté allégeance. L’ordre du Dragon était une fraternité chrétienne dont le seul but était d’effacer à jamais l’Islam des Balkans. Dracula détestait Radu pour sa réussite et pour les faveurs que lui accordaient les Turcs. Il était aussi pris de jalousie pour le jeune Mehmet II qui, comme lui, était un prince mais qui, contrairement à lui, vivait dans la splendeur. De même, il était jaloux de ses frères Mircea et Vlad le Moine à cause de ce qu’il considérait comme de la préférence pour son père envers eux. Cependant, ses sentiments pour Mircea oscillaient entre jalousie et crainte. C’est de lui que Dracula apprit ses tactiques de terreur consistant à empaler les morts par milliers pour en faire des forêts de cadavres.
Radu resta dévoué à l’Islam et au Sultan et passa sa vie entière à combattre sur les frontières de l’Empire Ottoman, vainquant les adversaires les plus coriaces. Son génie naturel pour le combat était sans égal, même parmi les Janissaires et les Sipahis, élite de l’organisation militaire Ottomane et on faisait fréquemment appel à lui pour mater tout ennemi qui paraissait insurmontable. On dit qu’il a sans doute changé le cours de l’histoire du Proche Orient lorsqu’il empêcha les puissants Aq Qoyunlu [2] d’envahir les Ottomans. S’ils n’avaient été stoppés, les Aq Qoyunlu auraient définitivement changé la face du Moyen Orient et de l’Europe.
C’est pour cela qu’il fut appelé pour faire face à la menace provenant de sa terre natale, la Valachie, tâche que n’auraient pu accomplir ni les Janissaires, ni les Sipahis.
◊La Conquête de Constantinople :
“Le troisième jour après la chute de notre ville, le Sultan célébra sa victoire par un grand et joyeux triomphe. Il fit proclamer que les citoyens de tout age qui avaient tenté d’échapper au contrôle devaient sortir de leur cachette et se manifester car ils seraient libres et aucune question ne leur serait posée. Il déclara que les maisons et les propriétés de ceux qui avaient abandonné la ville avant le siège devaient être restaurées. S’ils retournaient chez eux, ils seraient traités selon leur rang et leur religion, comme si rien n’avait changé.” (Georges Sphrantzes, 1401-1478, chroniquer Chrétien Byzantin et témoin de la chute de Constantinople.)
C’était un moment de soulagement et de réjouissances. Un moment de soulagement pour les habitants de Constantinople que s’attendaient à subir des massacres, sitôt la ville tombée. Un moment de célébration pour les Musulmans du monde entier fêtant la conquête historique de cette ville qui demeurera, jusqu’à aujourd’hui, la capitale des Turcs. Alors que le Sultan Mehmet II chevauchait à travers la cité conquise, un coup d’œil à son ami d’enfance et chef des Janissaires, Radu cel Frumos, fils de Vlad II Duc de Valachie, aurait pu lui rappeler qu’au nord, leurs plus grands ennemis guettaient. Et parmi ces ennemis se trouvait le plus redouté de tous, Dracula, le propre frère de Radu.
[1] Personnage de fiction créé par Bram Stoker dans le roman Dracula, paru en 1897.
[2] Fédération de tribus turcomanes ayant régné sur une partie de l’Asie de 1378 à 1508.
Reprise des activités du blog
Après quelques mois d’interruption, nous avons le plaisir de vous annoncer la reprise progressive de l’activité du blog, avec une nouvelle équipe. Nous remercions les anciens collaborateurs pour leur travail.
Le blog sera, dans la mesure de nos capacités, régulièrement mis à jour.
L’Equipe d’al-Futuhat.
Cas pratique : L’entreprise de civilisation.
VOYAGE DANS L’AURÈS :
NOTES D’UN MÉDECIN ENVOYÉ EN MISSION CHEZ LES FEMMES ARABES
[Extraits choisis]

DOCTEUR DOROTHÉE CHELLIER
Ancien aide d’anatomie à l’école d’Alger
TIZI OUZU—Imp. Nouvelle J. CHELLIER.—TIZI OUZU
1895
A MONSIEUR LE DOCTEUR CHANTEMESSE
Professeur à la Faculté de Médecine de Paris.
A mon cher et bienveillant maître, je dédie ce modeste travail d’observations faites au cours d’une mission médicale, dans les montagnes de l’Aurès.
C’est un bien petit gage de reconnaissance pour les bons conseils et les encouragements qu’il m’a toujours prodigués.
Paris, le 10 août 1895.
On trouvera dans le travail qui va suivre le compte rendu fidèle d’une série d’observations recueillies au cours de la mission qui m’a été confiée par Monsieur Cambon, Gouverneur général de l’Algérie.
Ce haut fonctionnaire apporte, on le sait une sollicitude particulière à l’étude des problèmes qui se rattachent à la question indigène.
Il a étudié les moyens à employer pour améliorer le sort de la population arabe et l’une des innovations qu’il
préconise à cet égard est la création d’hôpitaux de campagne établis dans les régions éloignées (Kabylie,
M’zab, Aurès).
L’Aurès semble avoir attiré spécialement son attention, et l’on ne saurait s’en étonner si l’on considère que
cette région sollicite à la fois l’intérêt par les richesses naturelles de son sol et les qualités propres aux Chaouïas qui l’habitent.
Il m’apparaît comme évident, après le voyage que je viens de faire, que ces indigènes se distinguent des autres tribus algériennes par une intelligence plus saine et plus pratique, et qu’ils présentent à un haut degré les caractères de perfectibilité qui font très souvent défaut à leurs congénères.
Ce qui m’a frappée surtout au cours de ma mission, c’est l’empressement des malades à venir solliciter mes soins, la confiance complète dans le traitement institué, l’influence rapide que j’aurais pu acquérir sur leur
esprit.
On n’ignore pas que depuis la conquête de l’Algérie nos efforts, pour nous assimiler les Arabes, sont restés à
peu près stériles.
Les flatteries, les rigueurs n’ont abouti à aucun résultat sérieux. L’Arabe demeure réfractaire à toutes les
tentatives de civilisation.
Étant d’origine algérienne, et connaissant les moeurs du pays, je m’étais souvent demandé si la non possibilité de pénétrer dans le gynécée n’était pas une des causes pour lesquelles l’assimilation était restée jusqu’ici impossible.
Je m’étais demandé encore si une femme médecin ne pourrait pas faire quelque chose d’utile en facilitant
l’introduction de nos idées dans ce milieu si obstinément, si volontairement éloigné de nous.
Je savais que M. Cambon cherchait à utiliser les médecins, non seulement pour apporter aux indigènes le
secours de soins éclairés et détruire l’influence des toubibs qui exploitent si indignement la crédulité de leurs coreligionnaires, mais encore pour hâter l’oeuvre d’assimilation.
Tout récemment il avait présenté au Conseil supérieur de l’Algérie un plan d’ensemble dont voici les principales lignes:
Création d’un corps médical composé d’indigènes auxquels on demanderait deux années d’études portant sur les questions élémentaires et pratiques de la médecine. Ces études achevées, ces médecins seraient désignés pour exercer dans une région déterminée. En dehors de cette région, l’exercice de la médecine leur serait interdit.
Soumis à Paris, au Conseil supérieur d’hygiène, ce projet a été sanctionné.
La question de surveillance de ce nouveau corps médical n’est pas définitivement résolue; elle ne saurait tarder à l’être; le projet répond à une utilité trop immédiate pour que son application soit différée.
Connaissant toutes ces choses et désirant compléter les observations que j’avais déjà faites sur les coutumes indigènes, je demandais à M. le Gouverneur général de bien vouloir me confier une mission dans une région
M. Cambon, avec sa générosité habituelle et son désir de connaître les moindres détails de la vie indigène, me désigna l’Aurès pour aller étudier les pratiques de l’accouchement, de l’avortement et la fréquence des maladies utérines.
J’allais donc pouvoir me rendre compte de l’utilité de la femme médecin dans des tribus éloignées, encore sauvages, et apprécier si elle pourrait y rendre les mêmes services que chez l’arabe des villes.
Comme on le verra dans le récit de mon voyage, la femme chaouïa est plus accessible que la femme arabe; elle n’est pas voilée et ne se cache pas aux regards des hommes; mais, comme partout ailleurs elle se refuserait à accepter les soins d’un médecin qui ne serait pas de son sexe, que le praticien soit musulman ou chrétien, tandis qu’elle se livre et donne une entière confiance à la femme.
Je crois qu’il y aurait intérêt pour nous, en respectant les moeurs arabes, d’agir sur la femme par la femme.
Chez les peuples civilisés, et bien plus encore chez les peuples primitifs, c’est toujours en opérant sur l’esprit de la femme qu’on pénètre vraiment la famille.
Vouloir agir directement sur l’homme adulte est une tentative irrationnelle, dont les résultats pratiques sont
nuls le plus souvent.
Coopérons à l’éducation de l’enfant en obtenant la confiance de la mère, en la visitant, en l’habituant à suivre
nos directions.
En agissant ainsi, nous obtiendrons le résultat que nous cherchons depuis si longtemps vainement à obtenir.
Pour que l’oeuvre de M. Cambon soit complète il ne faut pas que le nouveau corps médical soit exclusivement composé d’hommes.
A côté du toubib, il y a la matrone ignorante et dangereuse qui seule conservera le privilège d’approcher la
femme malade; lui faire donner la même instruction qu’aux futurs médecins indigènes, par des femmes docteurs en médecine est indispensable. C’est le seul vrai moyen de hâter le progrès en pays musulman. Si les observations contenues dans mon rapport et qui sont le résultat de mes travaux en Algérie peuvent faire naître des idées nouvelles et utiles, ce n’est pas à moi qu’en reviendra le mérite, mais bien à M. le Gouverneur général qui a bien voulu me confier cette mission.
Dans un pays qui est devenu le nôtre, toute une population demeure ignorante des bienfaits les plus essentiels de la science médicale. On dit qu’elle ne désire pas s’initier à nos moeurs, à nos usages, à nos coutumes parce que la religion met une barrière infranchissable entre eux et nous.
Peut-être! mais n’est-il pas possible d’écarter toute idée de prosélytisme religieux et de respecter leur foi tout en leur apprenant à soulager leurs maux. C’est en se faisant résolument laïque pour pénétrer jusqu’à eux que la science évitera de les mettre en défiance. Apprenons-leur à se sauver de la maladie sans exiger d’eux une conversion en échange de médicaments.
Et, le jour où nous irons vers ces indigènes, leur affirmant et leur démontrant que nous respectons la religion qu’ils pratiquent, nous aurons la presque certitude de les voir se rallier à nos idées civilisatrices.
A côté de la question d’humanité vient se placer le grand intérêt qu’il y a pour nous à nous attacher les indigènes, à nous les assimiler.
Nombre d’hommes de haute valeur s’occupent depuis longtemps de cette importante question au point de vue de la colonisation.
Or, une remarque très judicieusement faite, établi que la femme arabe est peut-être plus réfractaire que l’homme à l’assimilation.
Il y a là une cause à rechercher.
Quand on a essayé de civiliser les indigènes, on s’est toujours adressé à l’élément masculin.
Bon nombre d’enfants ont été mis dans les écoles, on en a fait des médecins, des avocats, des officiers.
De la femme, on ne s’est jamais occupé!
Si on a tenté de le faire en créant des écoles, «l’oeuvre n’a pu être continuée, dit M. le docteur Trolard, dans ses articles sur l’Algérie, parce que non surveillées, non subventionnées, ces écoles perdirent leur clientèle et furent abandonnées.
Et cependant ajoute-t-il, vouloir amener les indigènes à notre civilisation et en même temps les isoler des colons, et laisser leurs femmes sans instruction est la plus grande des erreurs.
Tant que la mère des enfants, celle qui donne à leur esprit les impressions si tenaces du premier âge sera maintenue dans la condition d’ignorance où nous la trouvons aujourd’hui, on ne peut espérer soit l’acclimatement de nos moeurs dans un milieu réfractaire, soit leur greffe sur les sauvageons de la barbarie.»
Et quel moyen plus puissant y aurait-il pour aider à l’assimilation que de placer auprès des femmes indigènes des femmes médecins qui apporteraient un soulagement à leurs souffrances et les initieraient progressivement à tous les bienfaits de notre civilisation.
Elles pourraient réunir à de certaines époques; de l’année les matrones d’une région, les instruire, leur enseigner la pratique des accouchements, leur apprendre à soigner les petits enfants.
Les matrones porteraient à leur tour au sein du foyer arabe, surtout à la mère de famille, nos moeurs, nos habitudes, un commencement de progrès qui serait d’autant plus volontiers accepté qu’on s’adresserait aux misères les plus grandes, celles qui touchent le plus la créature humaine: la maladie.
Chez nous ne voit-on pas le médecin devenir l’ami de la famille? ses idées, ses conseils ne sont-ils pas suivis même en dehors de son domaine technique?
Personne n’ignore combien grande est son influence, précisément parce qu’il agit souvent sur l’esprit aux heures où la maladie a affaibli la volonté et rendu le tempérament docile.
Faut-il ajouter que les indigènes ne permettent jamais aux médecins hommes de visiter les parties génitales de la femme.
Les femmes seules peuvent les soigner et qu’ainsi, comme l’affirme le lieutenant-colonel Villot, ancien chef du bureau arabe, pour les causes qui viennent t d’être sommairement exposées, des femmes docteurs en médecine et connaissant la langue arabe pourraient en Algérie, rendre de grands services.
Les Anglais ont crée aux Indes des hôpitaux pour les femmes, toujours dirigés par des doctoresses; mais ils mêlent à leur humanitarisme et à leur désir d’assimilation, une préoccupation de prozélytisme religieux.
Nous ferions mieux encore en Algérie si nous arrivions à pénétrer la vie intime indigène, sans chercher à lui imposer notre croyance.
C’est le seul vrai moyen de gagner l’arabe à notre cause.
Le récit de Ghazî `ilm Dîn
Le récit de Ghazî `ilm Dîn
L’Inde des années 20 a été témoin de la publication d’un livre incendiaire vilipendant le Prophète Muhammad, jetant de l’huile sur le feu de tensions qui existaient entre les Musulmans et les Hindous.
Le Raj anglais gouvernait l’Inde et la création du Pakistan était encore un rêve lointain dans le coeur des Musulmans indiens.
La population Musulmane fut naturellement courroucée et des manifestations se sont organisées. Prashaad Prataab a écrit “Rangeela Rasool” [Le Prophète Haut en Couleurs], sous le pseudonyme de ‘Pandit Chamupati. Le mot “rangeela” peut signifier “plein de couleurs” mais dans ce contexte, il signifiait “playboy”.
Rajpal était un éditeur Hindou de Lahore. Il prit la responsabilité de publier le livre en 1923 et s’engagea à ne pas révéler le véritable nom de l’auteur.
Des pressions de la part de la communauté Musulmane poussa le tribunal de Lahore à tenir une audience et RajPal fut désigné coupable et fut condamné.
Rajpal fit appel de cette décision auprès de la Haute Court de Lahore.
L’appel fut jugé par le juge Daleep Signh et donna raison sur la base du fait que la critique des leaders religieux, aussi immorale soit-elle n’est pas couverte par l’art S.153 du code pénal indien.
Rajpal ne fut donc pas condamné car la loi ne prévoit rien contre les critiques blasphématoires contre une religion.
La décision de la Haute Court fut très critiquée et les musulmans d’Inde protestèrent.

Personne ne soupçonnait qu’un jeune homme pouvait causer un changement dans la loi, permettant à l’Islam d’être couvert par les lois sur le blasphème.
`Ilm Dîn était un adolescent illettré de Lahore. Son père était menuisier. Un jour, il passa près de la mosquée Wazir Khan. Il y avait un énorme foule qui scandait des slogans contre Rajpal. La personne qui parlait disait : “O Musulmans! Le démon Rajpal a cherché à déshonorer notre Prophète bien aimé avec son immonde livre.
`Ilm Din fut vraiment affecté par ce discours passionné et jura d’entreprendre une action. Le 6 septembre 1929, Ilm Din partir pour le bazar et acheta un poignard pour une Roupie. Il mit le poignard dans son pantalon et attendit en face de la boutique de Rajpal. Rajpal n’était pas encore arrivé. Son vol était arrivé à l’aéroport de Lahore et il allait appeler la police pour lui demander de lui assurer une sécurité. Ilm Din ne savait pas à quoi ressemblait l’éditeur. Il interrogea quelque passants du Rajpal et leur dit qu’il avait besoin de lui parler. Rajpal entra dans l’échoppe sans qu’il soit vu mais quelque temps après, un homme alerta Ilm Din que Rajpal était à l’intérieur. Le jeune homme entra dans la boutique s’avança et l’attaqua. Il planta son poignard dans le torse de Rajpal avec une force telle que son coeur sortit de son corps. Rajpal tomba au sol, mort. `Ilm Din ne tenta pas de s’échapper. Les employés de Rajpal se s’emparèrent de lui et crièrent à l’aide.
La police arriva sur place et arrêta `Ilm Din. Il fut emprisonné à la prison de Mianwali. Le cas fut porté devant le tribunal et son avocat était Qaid-e-Azam Muhammad Ali Jinnah. Jinnah demanda à Ilm Din de ne pas plaider coupable et de déclarer qu’il avait agit suite à une provocation extrême. Le fait que `Ilm Din n’avait que 19 ans pouvait jouer en sa faveur. `Ilm Din refusa de plaider de la sorte et persista en affirmant qu’il était fier de son acte. Cette affaire fut la seule que Jinnah perdit. La cour condamna ilm Din à la peine de mort. Contre son gré, les musulmans firent appel mais l’appel fut rejeté.
L’exécution de `Ilm Din eu lieu le 31 octobre 1929. Lorsqu’on lui demanda s’il avait une dernière volonté, il répondit simplement qu’il voulait prier deux rak’at de prière surérogatoire, suivant l’exemple d’al-Khubaib qui pria deux rak’at avant que les païens de Quraysh ne l’exécutent.
Alors que l’on posait le noeud au cou de `Ilm Din, il répéta, devant l’énorme foule :
“O gens! Soyez témoins que j’ai tué Rajpal pour défendre notre sceau des Prophètes, Muhammad, et qu’aujourd’hui ils vont me pendre. Je sacrifie ma vie en récitant la phrase [Shahadah - profession de foi].”
Le jeune homme fut tué et les autorités l’enterrèrent sans qu’aucune prière funèbre ne soit accomplie sur lui. Des manifestations de masse éclatèrent et la tension entre les communautés Musulmanes et Hindoues était palpable. Les habitants de Lahore voulurent que leur soit retourné le corps de `Ilm Din afin de lui offrir une prière mortuaire. Deux activistes célèbres – le poète Dr. Muhammed Allamah Iqbal et Mian Abdul Aziz – firent campagne pour que la dépouille de Ilm Din retourne à Lahore en vue de la prière mortuaire. Les anglaisétaient inquiets quant aux troubles que cela pouvait créer. L’autorisation ne fut accordée qu’après que ‘Allamah Iqbal ait donné aux anglais la garantie qu’aucune émeute n’aurait lieu.
Lorsque le corps de `Ilm Din fut exhumé de sa tombe, il fut trouvé sans aucun seul signe de changement. Le linceul n’avait pas changé de couleur. Ceci arriva le 14 novembre 1929, 15 jours après la pendaison. Après deux jours, le corps arriva à Lahore. 200 000 Musulmans assistèrent à sa prière funèbre qui fut conduite par l’Imâm de la Mosquée Wazîr Khan, l’Imâm Muhammad Shamsuddîn. Mawlana Zafar Ali Khan dit près de sa dépouille : “Hélas! Que n’ai-je agit pour atteindre un tel statut!” ‘Allamah Iqbal dirigea les funérailles jusqu’au dernier jour. Au moment de placer le corps de Ilm Din dans la tombe, il déclara, les yeux pleins de larmes : “Ce jeune homme analphabète a dépassé les instruits d’entre nous.”
La mort de `Ilm Din eut de grandes répercussions. Le Code Péna fut amendé faisant de l’insulte envers une croyance religieuse une catégorie d’offense. La proposition de ‘Allamah Iqbal pour un état Musulman séparé entraîna la création du Pakistan en 1947. Le Code pénal Pakistanais qualifie de criminel “quiconque, par la parole, la représentation visible, l’imputation ou l’insinuation, directement ou indirectement, profanerait le nom du Prophète Muhammad”. En 1982, le président Zhia ul-Haqq introduisit le chapitre 295B dans le Code Pénal Pakistanais, punissant par la prison à vie la “profanation du Quran”. En 1986, le chapitre 195C fut introduit, instituant la peine de mort pour le manque de respect envers le saint Prophète.
L’héritage de `Ilm Din est toujours visible au Pakistan ou des parcs, des hôpitaux et des routes portent son nom.
Source originale : al-istiqamah.com.