Al-`Izz Ibn `Abdus-Salām – Sultan des `Ulamā’

novembre 6, 2007 at 11:37 (Histoire) (, , , , , )

Al-`Izz Ibn `Abdus-Salām – Sultan des `Ulamā’

Le gouverneur Ayyūbide d’Egypte, Najmud-Dīn Ayyūb était connu pour sa personnalité austère et impressionnante bien qu’il fut en même temps très décent et modeste. Il est rapporté que même ses princes n’osaient lui parler [par crainte] à moins qu’il ne les y ait invités.

Durant une des fêtes de l’ `Id, le Sultan dirigea les grandes festivités, entouré de ses gardes et de beaucoup de personnalités alors que les princes passaient pour le saluer avec une grande révérence. En cette grande occasion, notre héro al-`Izz Ibn `Abdus Salām se rappela qu’il y avait certaines échoppes qui vendaient publiquement du vin dans cet Etat Islamique. Il se rendit en secret chez le Sultan et s’adressa à lui : “O Ayyūb! Quelle sera ta réponse à Allāh lorsqu’Il te dira, le Jour du Jugement ‘Ne t’ai-je pas donné la souveraineté sur l’Egypte et tu y a autorisé les boissons enivrantes?’ Le Sultan surpris, demanda “Cela est-il vraiment arrivé?” al-`Izz répondit : “Oui, telle et telle échoppe vend du vin et d’autres choses illicites alors que tu te complais dans le luxe, dans ton royaume.” Le Sultan répondit :”Cela n’est pas de mon fait. Il en est ainsi depuis l’époque de mon père.” Notre héro demanda : “Es-tu de ceux dont le Qur’ān rapporte qu’ils ont dit : “Nous avons trouvé nos pères sur cette voie et nous les avons suivis?”

Le Sultan publia immédiatement un décret pour que soient fermées les échoppes qui vendaient du vin.

Plus tard, un étudiant de notre maitre, al-Bajī, lui demanda : “Comment vous êtes vous senti, maître?” “Mon fils”, répondit-il “je l’ai vu [le Sultan] dans cette état de solennité. Alors j’ai voulu l’humilier de peur qu’il ne devienne vain et j’ai voulu l’heurter [religieusement]” Al-Bajī demanda : “N’avez-vous pas, maître, eu peur de lui?” “Par Allāh mon fils j’ai été rempli de crainte envers Allāh le Tout Puissant, et le Sultan est apparu à mes yeux comme un chat.”

 

 

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 Style architéctural Mamlûk, Mosquée du Caire

 

Mais qui était al-`Izz Ibn `Abdus Salām qui osa s’adresser ainsi à un roi redouté et puissant?

Notre héro est né en l’an 577 ou 578 de l’Hégire, à Damas, dans une famille pauvre. Jeune homme, il avait l’habitude de vivre dans un endroit mis a disposition des étudiants pauvres, à côté de la Mosquée de Damas. En raison de sa diligence et de son intelligence, voilà ce qu’il dit : “Je n’ai jamais eu besoin de finir mes études avec un professeur. Dès que nous arrivions à la moitié, mon professeur me disait ‘tu as digéré le sujet. Tu n’as plus besoin de moi et tu peux te débrouiller par toi-même pour le finir.’ Mais je ne voulais pas quitter mes professeurs jusqu’à ce que j’aie achevé d’étudier le cours en question dans ce champ du savoir.’ Sa soif d’apprendre fit qu’il ne fut pas satisfait de l’instruction obtenue auprès des savants de Damas. Il partit pour Baghdād en 597 [à l'age de 20 ans] afin d’apprendre auprès des savants de cette ville. Il est rapporté que même à l’age de 60 ans, alors qu’il était devenu un savant très connu, il n’hésitait pas à fréquenter des cercles d’études conduits par certains savants égyptiens réputés du Caire.

Naturellement, notre héro n’a pas gardé son savoir pour lui-même et il a participé aux cercles des savants de son temps. Il a enseigné aussi bien dans les écoles de Damas que dans celles du Caire alors que sur la fin, il passa les vingt dernières années de sa vie à donner des avis religieux, parfois en contradiction avec les positions officielles. Un exemple de cela : sa position sur le Qur’ān [parole d'Allāh] qui contredisait celle du Sultan de Damas, al-Ashrāf Mūsā Ibn Al-`Adīl. Cela amena le Sultan à publier un décret interdisant à notre maître de donner des avis religieux et des verdicts ainsi que sa mise en confinement en résidence. La réponse d’al-`Izz au ministre qui lui fit part du décret fut une expression de gratitude envers le Sultan qu’il l’avait relevé de cette tâche difficile et qui lui avait donné l’opportunité d’être libre de se concentrer un peu plus sur ses études et sur ses dévotions.

Aussi bien en Syrie qu’en Egypte, notre héro délivra des sermons dans les principales mosquées. C’est dans la mosquée de Damas qu’il dénonça l’alliance du Sultan et la coalition avec les ennemis de la foi contre son propre frère. Et à Damas, notre héro défia les autorités en donnant un avis religieux interdisant aux gens de vendre des armes aux croisés qui étaient des alliés du Sultan al-Salīh Isma`īl. Cela provoqua l’ire du Sultan sur notre héro qui fut donc emprisonné.

Après sa libération en 639 de l’Hégire, al-`Izz Ibn `Abdus Salām partit pour l’Egypte ou il fut chaleureusement accueilli par le roi Najmud-Dīn Ayyūb et fut nommé Juge, puis Juge en Chef et Khatīb [en charge du sermon] dans la mosquée principale du pays. C’est à ce poste de Juge en Chef en Egypte que notre héro défia les autorités avec les actes les plus audacieux de sa vie. Le premier acte fut la vente publique des princes Mamlūks au pouvoir.

L’histoire nous rapporte qu’après sa nomination en tant que Juge en Chef, il notifia que les princes Mamlūks [qui à l'origine furent achetés par le Sultan Najmud-Dīn Ayyūb avec les deniers du Trésor Public] agissaient comme des hommes libres dans des transactions non autorisée par la loi pour des hommes de leur statut [Les Mamlūks étant à l'origine des esclaves qui devinrent par la suite des dignitaires et des commandants militaires]. Al-`Izz ne voulait pas valider ces transactions. Quand ils lui en parlèrent, il souligna qu’ils devaient être vendus et le fruit de leur vente devait revenir au Trésor Public, ce qui pourrait les rendre officiellement libres. Ce n’est qu’après cela que leurs transactions pourraient être valides. Naturellement, cette idée fit enrager princes et commandants de l’armée. Lorsque le Sultan entendit parler de cela, il fit remarquer que cela ne relevait pas des affaires du Juge en Chef. Notre maître démissionna de son poste et s’apprêta à quitter le pays. Mais des milliers de personnes issues de toutes les strates de la société égyptienne le suivirent dans une immense marche qui força le Sultan à s’excuser auprès de lui et à lui demander de reprendre son poste.

Al-`Izz accepta de reprendre son poste à condition que le décret religieux concernant les princes soit mis en application. Le Sultan accepta. Cependant, les princes Mamlūks, furieux, tentèrent d’assassiner notre héro mais par la grâce d’Allāh, leur chef fut frappé de terreur lorsqu’il leva l’épée pour frapper al-`Izz. Il fut “hypnotisé” par ce vieil homme sans défense qui lui faisait courageusement face et l’épée se laissa tomber de ses mains. Le chef auxiliaire pleura et lui demanda pardon puis l’enchère commença [une enchère unique dans l'histoire, ou des princes Mamlūks au pouvoir furent vendus en public].

Pour cet acte audacieux, notre héro, mort en 660 de l’Hégire, sera toujours présent dans nos souvenirs. Mais ce n’est qu’un des très nombreux exemples de la contribution al-`Izz Ibn `Abdus-Salām à l’histoire de l’héroïsme Islamique.

Texte original [anglais]

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